Mercredi 31 décembre — Cap sur le Nord
Aujourd’hui, 31 décembre, dernier jour de l’année.
Notre nuit au Reinder Lodge, un établissement typique, a été reposante malgré un confort plus que rudimentaire. Lorsque la température nocturne frôle les –40 °C, le simple fait de se lever pour aller aux toilettes devient une expédition : il faut s’habiller entièrement et marcher cinquante mètres dans une neige glaciale, sous — il est vrai — un ciel chargé d’aurores boréales.
Si les motos ont peiné à démarrer, une fois en marche, nous avons décidé de ne plus les éteindre de la journée. Et c’était certainement une très bonne idée. Cette journée allait être la plus froide de tout notre périple.
Cap toujours vers le nord, avec un rendez-vous à Karasjok pour la première étape. Dès le matin, les paysages sont extraordinaires : un ciel bleu et rose, une pleine lune suspendue au-dessus des montagnes… un décor envoûtant.
Vitesse de croisière : 80, 90, parfois 100 km/h. Tout semblait aller pour le mieux, mais les températures nous ont vite rattrapés. Pendant douze heures, nous avons roulé entre –34 et –38 °C. Pour ceux qui ne connaissent pas, je vous assure que ça fait très mal. Le ressenti est impressionnant, et il faut vraiment avoir envie de poursuivre l’aventure pour résister.
J’en profite d’ailleurs pour remercier les spécialistes du matériel chauffant, la marque Gerbing, qui est, à mon avis, le top du top dans de telles conditions.
En milieu de journée, la direction de Patrice ne fonctionnait plus. Complètement gelée. L’amortisseur de direction avait figé et nous avons dû sortir le décapeur thermique pour réchauffer l’huile.
Quelques saucisses plus tard, nous reprenions la route. Mais s’il y a bien une chose déroutante dans les pays Scandinaves, c’est la nuit qui tombe en début d'après-midi
Il est à peine 14 heures et il nous reste encore 250 kilomètres à parcourir.
Avec un temps clément — en Corse par exemple — cela ne prendrait pas bien longtemps. Mais ici, il faut composer avec le vent glacial, la traversée de paysages arides et des températures qui ne cessent de chuter.
Il nous faudra sept heures pour couvrir ces 250 kilomètres. Chaque kilomètre compte. Lorsqu’il n’en reste plus qu’une centaine, chaque kilomètre en paraît dix. On regarde l’odomètre, on voit le temps passer et l’on se dit que l’on n’y arrivera jamais.
Nous sommes le 31 décembre. Il n’y a personne sur la route.
Puis, enfin, les lumières de la ville apparaissent. Karasjok. L’hôtel Scandic est illuminé, le parking est vide. Seul un autobus est stationné là.
Nous positionnons nos motos le mieux possible pour le lendemain, car la nuit s’annonce terrible. Le réveillon se fera avec un paquet de chips et un Coca, mais avec un grand sourire et de belles histoires à se raconter, tous les cinq.
À 22 heures, tout le monde dort.
Bonne année.


